Le mouridisme est une confrérie implantée au Sénégal. C’est le réformateur musulman sunnite Cheikh Ahmadou Bamba qui a vécu de 1853 à 1927, qui en est l’instigateur. Ce théologien asharite, un faqîh maléquite est le créateur de son propre chemin soufi.

L’important choc culturel et social né de la colonisation a poussé les pairs d’Ahmadou Bamba à reconnaître en lui l’héritier spirituel du prophète. Le pôle de sainteté dit qotb est un émissaire de Dieu, envoyé tous les cent ans pour redonner du souffle à l’islam.

Ahmadou Bamba s’est beaucoup inspiré de la secte Qadiriyya qui est la théologie d’appartenance de Sidiyya le maître de son père. Malgré la présence d’autres influences, comme la Tajaniyya et l’œuvre de Al-Ghazali, le mouridisme est perçu comme une ramification de la Qadiriyya. À la fois spirituelle et pédagogique, cette réforme apporta à la société sénégalaise un changement important.

La foi en Allah, l’adoption du prophète Mohammed, l’étude du Coran et l’amour du travail sont les quatre Préceptes de base de la doctrine du mouridisme. Ses adeptes concilient les valeurs de l’islam avec la tradition du peuple wolof qui est basée sur la sanctification du travail et l’importance des concepts d’entraide et de solidarité.

Tous les ans, les mourides effectuent la ziarra. C’est une visite pieuse dans le centre du Sénégal, une ville sainte pour eux, appelée Touba. Ce pèlerinage annuel, appelé aussi Magal, a réuni près de 1 million de pèlerins en février 2008. Les disciples du mouridisme vouent une immense dévotion à Ahmadou Bamba et à ses successeurs. Cette dévotion, qualifiée d’idolâtrie par certains musulmans, est en fait une sollicitation d’intervention dite Tawassoul et une recherche de bénédiction dite tabâruk pour les mouridistes.

Cette confrérie est structurée d’une manière féodale par certaines personnes. Elle repose sur une obéissance absolue à l’autorité spirituelle nommée le khalife général, qui est le descendant de la lignée directe du fondateur.

Disparu en 1927, Ahmadou Bamba a laissé cinq fils pour le succéder. Ces cinq “khalifes” vont se succéder par ordre d’âge. Le petit-fils du fondateur accède au titre de khalife après la disparition du plus jeune des 5 héritiers en 2007.

Du temps d’Amadou Bamba, quelques disciples accomplis, comme Mane Cheikh ou Mame Thierno ont été promus au rang de cheikh. Ce processus de délégation a pris fin en 1912, année de consécration de Madiba Sylla à Diourbel. Après cela, il n’y a eu qu’une seule nomination, celle de Béthio Thioune en tant que Cheikh, en 1987.

En 1883, lors du mois de Ramadan, Ahmadou Bamba déclare devant les élèves et les enseignants de l’école Patar que le Prophète lui a demandé de ne pas se limiter à l’enseignement pédagogique, que dorénavant, il devait aussi s’occuper de l’éducation spirituelle.

Beaucoup de disciples ont alors décidé de partir et environ une quarantaine choisissent de rester. Ceux qui sont restés avec Ahmadou Bamba avaient pour but la communion avec Allah, ils seront appelés Mourid Allah ou ceux qui aspirent à Allah.

Cheikh Ibrahima Fall, célèbre disciple d’Ahmadou Bamba a fondé Baye Fall. C’est une communauté qui prône la pratique de la prière et du jeûne pour remplacer le travail, la mendicité ou encore le dévouement. Cette communauté a été la cible de beaucoup de critiques de certains musulmans. Pour cause, les Baye Fall portent des dreadlocks et sont la plupart du temps confondus avec les rastas par les étrangers.

Le mouridisme a acquis une grande notoriété au Sénégal. Cette notoriété grandissante, doublée d’une forte influence a incité les politiciens du pays à venir consulter le chef spirituel de cette confrérie.

Le deuxième khalife, Elhadji Falilou Mbacké, a donné soutien au premier président du Sénégal indépendant Léopold Sédar Senghor, qui était chrétien. Quant au troisième khalife Serigne Abdoul Ahad Mbacké, il s’est personnellement investi dans la présidentielle de février 1988 en soutenant le candidat Abdou Diouf.

Les mourides sont également des acteurs, sur le plan économique comme social. Par le biais de logements, nourriture et éducation des enfants avec leur enseignement coranique. Ils sont néanmoins dénigrés à cause de leurs irrigations, leurs cultures intensives et leurs aides sociales.

Les khalifes mourides tiennent une place importante au sein de la société sénégalaise. Ces guides spirituels comptent des millions d’adeptes de 2 à 3, mais sont également des chefs temporels dans la deuxième ville du Sénégal étant donnée son importance au niveau démographique et économique, la ville de Touba qui est la capitale spirituelle des mourides.

Certains descendants d’Ahmadou Bamba ont eu de grandes influences bien qu’ils n’ont pas accédé au titre de khalife. On peut en citer :

Ahmadou Mbacké Gaïndé Fatma, décédé en 1978, avait une grande influence auprès des politiciens africains surtout ceux qui sont engagés. Il est connu pour son dévouement pour l’éducation, mais aussi pour le développement socio-économique des masses.

Mouhamadou Mourtada Mbacké, décédé en 2004, appelé aussi « marabout de la diaspora », a bénévolement initié de nombreuses écoles dans tout le pays. Son fils et successeur Serigne Mame Mor Mbacké a repris le flambeau. Il continue l’œuvre de son père et a ajouté d’autres nouvelles structures, plus progressiste et plus moderne. Avec Mouhamadou Mourtada Mbacké, la diaspora est dans un tournant décisif avec la confrérie mouride.

Serigne Saliou Mbacké avec ses 45 000 hectares d’exploitation agricole à Khelcom, était le plus important producteur agricole sénégalais.